Réunion d’avril (1) au CDJ : 1 plainte partiellement fondée (RTL-TVi (« Je vous dérange »))
Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) a rendu une décision sur plainte lors de sa première réunion d’avril. Cette plainte, jugée partiellement fondée, portait sur l’émission « Je vous dérange : Sans boulot, tous fraudeurs ? » de RTL-TVi qui enquêtait sur les allocataires sociaux, ainsi que sur le fonctionnement et les dysfonctionnements possibles du système des aides sociales. Après examen, le CDJ a considéré que l’émission avait omis des informations essentielles et usé de raccourcis, stigmatisant ce faisant les allocataires sociaux.
Le 8 novembre 2025, RTL-TVi diffusait un numéro de l’émission « Je vous dérange » intitulé « Sans boulot : tous fraudeurs ? », qui portait sur les allocataires sociaux, ainsi que sur le fonctionnement et les dysfonctionnements possibles du système des aides sociales. Entre le 8 novembre et le 14 décembre, le CDJ avait reçu 98 plaintes à l’encontre de l’émission, auxquelles se sont ajoutées 238 plaintes transmises par le CSA (émanant pour partie des mêmes personnes).
Au total, 65 plaintes ont été déclarées recevables formellement. Conformément au Règlement de procédure qui permet au Conseil de retenir celles qu’il estime les plus pertinentes et complètes, 10 ont été versées au dossier après une première analyse au fond. Parmi les parties plaignantes, 3 avaient été interviewées – respectivement en tant que passant (micro-trottoir), témoin (allocataire) et expert (professeur de sociologie) – dans le cadre de l’émission.
Les parties plaignantes reprochaient au journaliste d’avoir transformé les propos de certains intervenants, d’avoir omis certaines informations essentielles et d’en avoir déformé d’autres, de manière à défendre son opinion personnelle sur le sujet (et, ce faisant, en stigmatisant les populations précaires), tout en tirant des généralités à partir de cas particuliers.
En dépit de l’intérêt général incontestable du sujet et de la liberté rédactionnelle du journaliste de retenir les témoignages des allocataires qu’il avait rencontrés comme utiles pour explorer cette thématique, le CDJ a constaté que l’émission avait omis plusieurs informations essentielles et usé de raccourcis en investiguant la question traitée. Compte tenu de la sensibilité particulière de celle-ci, il a conclu à un défaut d’enquête sérieuse et a retenu que ces raccourcis et ces omissions contribuaient, par effet de généralisation, à donner une image stéréotypée des allocataires sociaux, les assimilant à une catégorie de personnes privilégiées, sans volonté de retour au travail et possiblement fraudeurs, entraînant au fil de la démonstration leur stigmatisation et une incitation indirecte à la discrimination à leur égard. Le Conseil a par conséquent considéré que le journaliste et le média avaient manqué d’attention aux droits des allocataires interrogés, soit des personnes peu familiarisées avec les médias, portant une attention insuffisante aux répercussions prévisibles que l’information telle que diffusée pourrait avoir sur leur vie.
Le CDJ a transmis sa décision aux parties plaignantes qui l’avaient interpellé directement, ainsi qu’au journaliste et au média. Il l’a également communiquée au CSA qui, suivant le décret du 30 avril 2009 qui articule les compétences des deux instances, doit la communiquer à « ses » parties plaignantes. Dans ce cadre, le CDJ a précisé à l’attention du CSA qu’il n’avait pas constaté d’ingérence de l’éditeur dans l’indépendance journalistique, ce qui signifie que la situation d’exception dans laquelle le CSA peut rendre un avis complémentaire après le CDJ sur les questions qui recouvrent les principes de déontologie qui ont été tranchés n’est pas rencontrée.
Fin avril, 46 plaintes étaient en traitement au CDJ. Entre la seconde réunion plénière de mars et la première d’avril, 5 plaintes se sont soldées par une solution amiable. 15 autres plaintes n’ont pas été retenues, soit parce qu’elles ne répondaient pas aux conditions de recevabilité formelle, soit parce qu’elles n’entraient pas dans le champ d’exercice de la déontologie journalistique, soit parce que l’enjeu déontologique soulevé n’était pas rencontré. Toutes les parties plaignantes en ont été dûment informées.

