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Actualité

Réunion de septembre (2) au CDJ : 2 plaintes partiellement fondées (Radio Judaïca ; RTBF (« C’est vous qui le dites »)) & 1 plainte non fondée (L’Avenir)

Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) a rendu trois décisions sur plainte lors de sa seconde réunion de septembre. Les deux plaintes partiellement fondées portaient d’une part sur une absence de cadrage de propos tenus par des invités dans la matinale de Radio Judaïca et d’autre part sur une omission d’information en ouverture d’un débat de « C’est vous qui le dites » (RTBF). La plainte non fondée avait trait à l’emploi, par L’Avenir, du terme « négationniste » pour qualifier des propos polémiques.

La première plainte, déclarée partiellement fondée (25-39 N. Saïdi c. L. B. / Radio Judaïca), visait les interviews respectives, dans la matinale de Radio Judaïca, de V. Teitelbaum – concernant un article de l’Institut Jonathas relatif à une décision fondée du CDJ à l’encontre du média – et d’Y. Oschinsky, qui dénonçait le caractère antisémite de plusieurs événements récents en Belgique. La partie plaignante, nommément citée dans les interviews et pointée comme « militant radical islamiste », « liée au terrorisme » ou « faisant partie de la mouvance antisémite », reprochait à la journaliste d’offrir un espace aux personnalités précitées pour le diffamer et le calomnier, sans la moindre vérification ou contradiction. Le CDJ a constaté que les séquences ne cadraient pas les propos tenus par les invités qui y étaient interviewés, relevant plus particulièrement que dès lors que ceux-ci formulaient des accusations graves (telles qu’apologie du terrorisme, diffamation, etc.) à l’encontre d’une tierce personne et de l’association dont elle est le cofondateur, la journaliste aurait dû, d’une part, a minima mettre à distance leurs propos (notamment, en soulignant leur gravité), d’autre part, leur appliquer le droit de réplique, ce qu’elle n’avait pas fait. Le Conseil a ainsi relevé que la journaliste aurait dû, pour les accusations dont elle avait pris connaissance en préparant l’interview, solliciter le droit de réplique des intéressés avant diffusion, ou, pour celles qui émergeaient en cours de direct, signaler au public que ces propos constituaient une accusation grave et que l’occasion serait ultérieurement donnée aux intéressés de s’en défendre. Le CDJ, qui a constaté la récidive du média dans la gestion de telles interviews, a invité ce dernier à prendre les mesures nécessaires pour éviter que les manquements constatés ne se reproduisent.

La deuxième plainte, déclarée partiellement fondée (25-43 Divers c. C. D. / RTBF (« C’est vous qui le dites »)), concernait un débat de « C’est vous qui le dites », qui interrogeait le public sur le caractère acceptable de propos polémiques tenus en conseil communal par la bourgmestre (PS-Vooruit) faisant fonction à Molenbeek (‘‘Si à Molenbeek (le port du voile) c’est invivable, allez ailleurs, dégagez’’), qui réagissait à des commentaires racistes la visant sous une publication Facebook du MR local. Les parties plaignantes reprochaient à l’animateur d’avoir diffusé et commenté un extrait vidéo tronqué relayé par le MR, qui laissait entendre que la bourgmestre f.f. appelait tous les Belges à quitter la commune. Le CDJ a constaté que la question destinée à lancer le débat (« …Cette phrase-là, elle vous choque ? ») n’avait pas permis au public, faute d’en préciser le cadre exact (omission d’information essentielle), d’en comprendre la portée, laissant libre cours à une interprétation erronée. Si le CDJ a relevé que le débat, jugé globalement prudent, avait permis de modérer les échanges qui en résultaient, il a noté que tel n’était pas le cas sur Facebook, où le teaser de l’émission – qui présentait la même omission – avait entraîné de nombreux commentaires racistes, haineux, injurieux ou dégradants, toujours en ligne un an après diffusion. Le CDJ, qui a estimé qu’il y avait là, en dépit des efforts mis en place par le média, manquement à l’obligation (de moyen) de modération, a également considéré que celui-ci, couplé à l’omission d’information et au manque de prudence dans la rédaction du teaser, relevait d’un défaut de responsabilité sociale.

La troisième plainte, déclarée non fondée (25-48 N. Geerts c. M. D. / lavenir.net), avait trait à deux articles de L’Avenir relatifs aux discussions au sein du conseil d’administration de la RTBF sur le maintien ou non à son poste de sa vice-présidente, à la suite de deux publications polémiques sur les réseaux sociaux. La plaignante reprochait au média de l’accuser erronément d’avoir tenu des propos négationnistes, sans l’avoir clairement informée avant diffusion de ces accusations. Rappelant que le droit à la liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées reçues avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent, et bien que le terme « négationniste » soit un terme lourd de sens, dont il recommande de faire usage avec prudence, le CDJ a relevé qu’en contexte, l’usage par le média de ce terme pour qualifier les propos qu’avaient tenus l’intéressée[1] reposait sur une analyse personnelle desdits propos et de sources multiples qu’il avait croisées et recoupées et qui étaient identifiées pour certaines dans l’article et pour le reste dans sa défense. Le Conseil a aussi noté que le journaliste s’était assuré de donner aux lecteurs le point de vue de leur autrice tel que défendu à l’époque des faits, mais aussi tel qu’elle le commentait au moment de la publication, en réponse aux questions qu’il lui posait.

Début octobre, 48 plaintes étaient en traitement au CDJ.


[1] Notamment « Je dis ça avec toutes les précautions nécessaires, mais si on cherche un restaurant à Gaza sur Google, on en trouve plusieurs qui ont l’air d’être en activité » ; « Pour ce qui concerne le génocide, j’ai en effet le plus grand mal à comprendre comment un génocide pourrait se commettre par Tsahal a) depuis deux ans, b) dans un territoire aussi enclavé que Gaza, c) sans que les instances internationales ne fassent rien pour l’empêcher… sans que la population gazaouie soit aujourd’hui totalement exterminée. Sorry, mais il y a quelque chose qui n’est pas logique à mes yeux ».

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