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Réunion d’avril au CDJ : 3 plaintes fondées (RTBF, Médor, RTL-TVI), 5 plaintes non fondées (RTBF (3), RTL Info, RTL-TVI)

11 mai 2022

Le Conseil de déontologie journalistique a adopté huit avis sur plainte lors de sa réunion d’avril. Trois plaintes ont été déclarées fondées (RTBF, Médor, RTL-TVi) et cinq non fondées (RTBF (3), RTL Info, RTL-TVi)

Au nombre des huit avis d’avril, quatre dossiers visaient trois séquences diffusées dans les JT de la RTBF, qui directement ou indirectement étaient liées à Israël. Le plaignant regrettait que le média se comporte en propagandiste du régime israélien en diffusant ces reportages qu’il estimait mensongers et manipulateurs. Pour les deux premières séquences – l’une relative à de jeunes Palestiniens qui fréquentaient un skate-park de Jérusalem, l’autre au sauvetage de gazelles de montagne en Israël (21-19 R. Barnet c. E. L. & J.-P. J. / RTBF (JT) et 21-19bis R. Barnet c. E. L. & J.-P. J. / RTBF (JT)) , le Conseil a considéré que rien ne permettait de conclure qu’il y aurait eu défaut de vérification des informations diffusées, qu’aucune information essentielle – telle que l’absence de précision quant à la situation géopolitique des territoires concernés – n’avait été omise et que les séquences ne manquaient pas de distance critique ni ne témoignaient d’une volonté quelconque de tromper le spectateur. Relativement à la dernière séquence (21-19ter R. Barnet c. E. L. & J.-P. J. / RTBF (JT)), le CDJ a constaté que le média avait manqué de prudence en ne précisant pas que la découverte d’un parchemin biblique par des chercheurs relevant de l’Autorité israélienne des Antiquités était intervenue en territoire palestinien occupé par Israël. S’agissant d’une découverte de nature patrimoniale et sujette à interprétation sur l’occupation originelle des territoires, il a considéré qu’il s’agissait en contexte de l’omission d’une information essentielle pour comprendre le sujet. Il a néanmoins estimé que cette omission résultait d’un défaut de prudence, et non d’un défaut de distance critique ou d’une volonté quelconque de tromper le spectateur. Quant à l’examen du grief transversal porté à l’encontre des trois séquences (21-19quater R. Barnet c. E. L. & J.-P. J. / RTBF (JT)), le Conseil n’a dénoté aucune systématicité dans les manquements reprochés et a relevé que ce serait faire interprétation excessive des diverses situations relatées que de déduire une quelconque intention du média de vouloir donner une image positive de l’autorité israélienne.

La cinquième plainte, déclarée fondée (21-35 N. Kanda c. J. M. / Médor), visait une série de trois articles consacrée à la mort d’un ressortissant angolais placé en détention policière alors qu’il venait déclarer le vol de son portefeuille. L’article avait été publié originellement en néerlandais sur le site d’un média flamand. La plaignante reprochait à la journaliste d’avoir publié un article contraire à la vérité dans lequel les propos tenus en interview avaient été déformés. Elle déplorait également que l’article identifie un des enfants sans l’accord de la famille et publie des documents confidentiels. Dans son avis, le CDJ a principalement constaté que la journaliste et le média, en associant le prénom et l’âge d’un mineur au nom de famille et à la rue de résidence de ses parents, avaient permis, par convergence et sans doute possible, son identification par un public autre que son cercle de proches alors qu’il n’était pas directement concerné par les faits évoqués. S’il a noté qu’il était tout à l’honneur du média d’avoir, dès réception de la plainte, procédé à l’anonymisation du mineur, le CDJ a néanmoins considéré que cela ne l’exonérait pas de sa responsabilité déontologique. Il a également observé qu’il n’en allait pas autrement du fait que ce manquement était lié à une activité journalistique antérieure à la diffusion de Médor, d’autant qu’une relecture avant parution aurait dû permettre de constater ce problème. Les autres griefs exprimés à l’égard du média n’ont pas été retenus. Une omission d’information a été constatée dans le chef de la journaliste dont l’enquête, les méthodes et les engagements ont été estimés conformes aux principes déontologiques.

Dans son avis, le Conseil recommande aux journalistes et aux médias de prendre le soin, dans les dossiers sensibles dans lesquels des sources fragilisées sont invitées à s’exprimer, de rappeler les normes applicables à l’interview et à expliquer la portée exacte et les limites des engagements qu’ils prennent.

La sixième plainte, déclarée non fondée (21-41 N. Muhadri c. Ch. D. / RTL-TVI (« C’est pas tous les jours dimanche » – Facebook Live)), visait un Facebook Live de l’émission « C’est pas tous les jours dimanche » (RTL-TVI) dans lequel le journaliste sollicitait l’avis de passants sur l’extension de l’usage du Covid Safe Ticket. Le plaignant dénonçait la démarche du journaliste qui interrogeait ses interlocuteurs sur leur statut vaccinal alors qu’il s’agit d’une donnée médicale et personnelle qui relève à la fois du secret médical et de la sphère privée. Dans son avis, le CDJ a noté que le journaliste agissait à visage découvert, qu’il permettait à chacun de choisir librement de lui répondre ou non, qu’il restait prudent, ne faisait pas preuve d’insistance particulière et qu’il veillait aussi à ne pas montrer d’image reconnaissable des personnes filmées préalablement à leur accord. Bien que dans le cas d’espèce les griefs ne soient pas fondés, le CDJ a estimé utile de rappeler aux journalistes et aux médias la prudence nécessaire qui doit accompagner la recherche d’informations de nature privée pertinentes pour l’intérêt général dans le cadre de sollicitations interpersonnelles émises en direct, qui laissent par nature peu de temps aux personnes interrogées pour y répondre de manière éclairée.

La septième plainte, déclarée non fondée (21-58 D. Schiepers c. RTL Info), concernait un article de RTL Info et la vidéo y attachée, qui résumaient certains résultats du dernier Grand Baromètre RTL Info / Ipsos / Le Soir mesurant l’état de l’opinion quant aux restrictions de liberté applicables aux personnes non vaccinées. Le plaignant considérait qu’en ne précisant pas la taille des sous-groupes des personnes interrogées, le média avait cherché à tromper les spectateurs. Constatant que les productions médiatiques en cause apportaient des précisions sur l’échantillon de population auquel les questions étaient adressées – taille générale de l’échantillon, dates de l’enquête (en ligne) et marge d’erreur maximale –, qu’il était mentionné à plusieurs reprises que cet échantillon était représentatif de la population belge, mais aussi que l’information donnée reposait sur des questions posées à des sous-groupes (« vaccinés », « non-vaccinés »), le CDJ a estimé que l’absence d’indication relative à la part de ces sous-groupes dans l’échantillon global ne constituait pas, en contexte, l’omission d’une information essentielle à la bonne compréhension du sujet dès lors que leur répartition dans la population belge était alors très largement médiatisée.

La dernière plainte, déclarée fondée (22-04 D. Schiepers c. Ch. D. / RTL-TVi (« C’est pas tous les jours dimanche »)), était relative au passage d’un débat de « C’est pas tous les jours dimanche » consacré au pass vaccinal et à l’obligation vaccinale. Le plaignant reprochait au présentateur d’utiliser les résultats du Grand Baromètre RTL Info / Ipsos / Le Soir mesurant l’état de l’opinion quant aux restrictions de liberté applicables aux non-vaccinés, sans préciser qu’il s’agissait là de l’opinion de personnes vaccinées. Observant que l’affirmation énoncée dans l’émission était erronée dès lors que les résultats du sondage à la source de l’information laissaient apparaître que seules les personnes vaccinées s’étaient prononcées sur cette question et qu’il s’agissait d’un sondage exclusif dont le média était lui-même à l’origine, le CDJ a estimé que le journaliste aurait dû être à même d’en disposer et d’en vérifier la teneur. Il a en conséquence considéré ce manquement fondé même s’il a relevé que, dès qu’il avait pris connaissance de son erreur, le média avait rapidement, explicitement et correctement rectifié l’information en cause.

Début mai, 35 plaintes étaient en traitement au Conseil de déontologie journalistique.

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